SYN’ACTU : Retrouvez l’intégralité de l’interview du Dr Vincent Renaud, président du SYNAMIEF dans Actif’s MAG

Naissance du Syndicat de médecine intégrative et fonctionnelle SYNAMIEF

 

 

Le Synamief (Syndicat national de médecine intégrative et fonctionnelle) est désormais sur les rails. Au-delà de sa mission première (la défense et la promotion des praticiens engagés dans cette pratique), ce Syndicat entend fédérer tous les acteurs qui interviennent dans une approche de santé globale – des marques de compléments alimentaires aux mutuelles. Rencontre avec son président, le Dr Vincent Renaud.  

Actif’s Mag : Vous avez pris la présidence du Synamief. Qu’apporte concrètement ce syndicat aux professionnels de santé ? Quels sont les praticiens que vous comptez regrouper ?

Dr Vincent Renaud : Le Synamief a été créé par des médecins et des pharmaciens passionnés par la santé intégrative. Cette approche – nouvelle – entend mettre le patient qui vient par exemple consulter un praticien au cœur de la prise en charge de ses problèmes de santé. Nous pensons qu’une santé durable passe par une approche centrée sur le patient, qui soit pleinement respectueuse de son unicité et de ses besoins spécifiques. En ce sens, les praticiens engagés dans cette approche de médecine fonctionnelle ne tournent pas le dos à la médecine conventionnelle, pratique médicale essentiellement axée sur la prise en charge des symptômes. L’allopathie a largement fait ses preuves d’efficacité, d’utilité pour la santé des patients.

Mais ce modèle a ses limites. En nous recentrant sur le patient dans une approche de prévention de sa santé, nous comptons changer le regard sur la médecine de demain. La santé intégrative et fonctionnelle adopte une approche holistique. Elle prend en compte les dimensions physiques, émotionnelles, mentales et environnementales du patient pour soigner non seulement la maladie, mais aussi ses causes profondes. En ce sens, cette approche est une philosophie que le Synamief supporte. C’est une des raisons pour laquelle l’adhésion au syndicat est ouverte à des professionnels de santé principalement médecins et pharmaciens, mais aussi des kinés, des sage-femmes qui par leur pratique ont pu comprendre l’approche fonctionnelle et intégrative. Nous acceptons également des diététicien.nes sous réserve qu’ils ou elles puissent faire la preuve de leur approche intégrative et fonctionnelle, en ayant validé des formations comme un DU (Diplôme Universitaire).   

 

Actif’s Mag : Est-ce pour cela que la baseline qui accompagne le nom du Synamief est « ensemble, réinventons la santé de demain » ? 

Dr Vincent Renaud : En France, la santé, son système, son organisation sont aujourd’hui au bord du gouffre. Tout le monde le sait. Les maladies dites de « civilisation » que sont l’obésité, le diabète, les troubles cardiovasculaires, les maladies chroniques s’intensifient. Elles exercent une pression de plus en plus prégnante sur le système de santé, sur ses finances.  En 2023, les dépenses courantes de santé en France ont atteint 325 milliards d’euros, en hausse de 3,5 % par rapport à l’année précédente. Parmi ces dépenses, celles liées aux maladies chroniques comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et l’obésité représentent une part importante. Par exemple, le diabète seul coûte environ 20 milliards d’euros par an, soit  15 % des dépenses de l’Assurance Maladie. Cette situation appelle à une réflexion urgente : faut-il continuer à soigner les conséquences ou est-il préférable d’investir dans une véritable stratégie préventive pour limiter l’apparition de ces pathologies ?  

Malgré ce constat que je viens de dresser, les investissements dans la prévention restent marginaux. En 2023, les dépenses dédiées à la prévention s’élevaient à 7,5 milliards d’euros, un niveau similaire à celui de 2019, et très éloigné des 16,5 milliards atteints en 2021, en pleine crise sanitaire. Cela représente à peine 3 % du budget total de la santé, selon les données de l’OCDE. De fait, investir dans la prévention offre des avantages clairs d’un point de vue économique. Je vous livre un dernier chiffre : pour un euro investi dans la prévention, ce sont entre quatre et cinq euros d’économisés en dépense de santé – selon une étude publiée en 2020 dans The Lancet Public Health.  

Les patients n’échappent pas non plus à ces problématiques de santé. Savez-vous par exemple que près de 80 % des motifs de consultations en médecine de ville relèvent de troubles fonctionnels ? Quasi par réaction face à la complexité du système, face à la difficulté à obtenir des rendez-vous avec des médecins, les patients s’engagent de plus en plus dans une démarche de prévention de leur état de santé. Pour eux, rester en bonne santé, c’est éviter d’avoir à attendre un rendez- vous médical par exemple. C’est aussi s’impliquer dans tous les actes qu’ils peuvent mettre en œuvre pour éviter de « tomber malade ». En ce sens, l’approche, que la santé fonctionnelle et intégrative privilégie, colle parfaitement à la médecine des 4P : personnalisée, préventive, prédictive et participative.  

C’est pour cela que de nombreux praticiens se sont engagés dans la voie d’une pratique nouvelle de la médicine. Mes confrères comme moi-même sommes convaincus qu’il est nécessaire, si ce n’est impératif, de nous engager dans la médecine fonctionnelle. Cette « discipline » cherche à identifier les causes profondes des maladies, à aller au-delà de leur symptomatologie et de l’approche allopathique.  

Actif’s Mag : Vous parlez de défendre les praticiens. Y-a-t- il urgence en la matière ? Et comment le Synamief peut-il le faire ? 

Dr Vincent Renaud : Clairement oui. Nous avons eu connaissance de deux cas de pharmaciens qui sont poursuivis par les instances ordinales pour « pratique de charlatanisme » (sic). Des mots très forts qui vont à l’encontre même de ce à quoi ces pharmaciens sont formés et de leur mission qu’ils pratiquent au quotidien. C’est l’une des premières raisons qui ont poussé des confrères médecins et des pharmaciens à créer le syndicat : nous accompagnons les professionnels de la santé fonctionnelle pour les aides à surmonter les contraintes administratives qui entravent leur pratique, en les aidant à se concentrer sur l’essentiel : la santé de leurs patients. La défense des praticiens passe par une reconnaissance officielle de notre pratique auprès des instances officielles – c’est la deuxième vocation du syndicat. La médecine fonctionnelle n’a en effet que peu de reconnaissance de la part de ces instances. Ce qui est un peu surprenant dans la mesure où de nombreux diplômes universitaires forment les médecins, les pharmaciens, à la micronutrition par exemple. Lesquels diplômes sont reconnus et officiels. La confidentialité même de l’approche que nous défendons entraine qu’elle possède une connotation négative, une « mauvaise image ». Le syndicat va promouvoir ce modèle de santé, innovant, fondé sur la prévention, l’individualisation et le bien-être global des patients auprès des instances ordinales.  

Le Synamief entend mettre tout en œuvre pour intégrer les méthodes mises en œuvre dans la santé intégrative de manière structurée et scientifiquement validée, afin qu’elles soient reconnues comme des outils efficaces et sûrs. Il existe d’ores et déjà des bases scientifiques solides qui vont dans ce sens. Nous allons poursuivre dans la voie de la science en collaborant par exemple avec des chercheurs de l’Inrae.  

Actif’s Mag : Quels sont les autres « combats », les autres étapes dans lesquels le syndicat est engagé ? 

Dr Vincent Renaud : Je vais vous citer quelques exemples. Un de nos combats est d’obtenir le remboursement du bilan en vitamine D, en dehors de certains actes cliniques qui eux sont remboursés (rachitisme, ostéomalacie, personnes âgées sujettes aux chutes répétées, etc.). L’obtention de ce remboursement qui permet au praticien d’affiner sa prescription en vitamine D devrait faire réaliser à l’assurance maladie plus de 40 millions d’euros dans 10 ans… C’est une mission très « politique » que nous nous sommes assignés, qui implique d’aller convaincre l’assurance maladie mais aussi les mutuelles du bien-fondé du remboursement des bilans de biologie fonctionnelle. Quelques laboratoires nous ont rejoints, convaincus de l’utilité de ces bilans que je qualifierais de prédictifs et de non conventionnés. Notre approche n’est pas utopiste. Chez certains de nos voisins – je pense à l’Allemagne, la Belgique, la Suisse -, des mutuelles prennent en charge ces actes non conventionnés.  

Actif’s Mag : Quels rôles jouent les marques de compléments alimentaires dans votre approche fonctionnelle et intégrative ?  

Dr Vincent Renaud : Corriger les déficits nutritionnels, comme le manque de vitamine D, d’oméga-3 ou de magnésium, joue également un rôle clé dans la prévention de nombreuses pathologies. Et une politique de prévention bien menée favorise une population en meilleure santé, plus active et moins dépendante des traitements médicamenteux. 

Les praticiens de cette approche intégrative connaissent les compléments alimentaires, leurs effets, leur efficacité. Nous sommes ouverts à recevoir des marques de compléments alimentaires sous réserve que les formules qu’elles proposent apportent les preuves de leur efficacité. Ces preuves reposent sur les ingrédients et matières premières utilisées. Cela nous permet de « trier » entre les références de compléments alimentaires, et entre les marques. Parce que notre approche est on ne peut plus sérieuse, nous ne voulons pas être accusés de charlatanisme. 

 

Propos reccueillis par Philippe Millet

 

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